Conflit Russo/Ukrainien sur notre approvisionnement énergétique.

Nous évoquions la semaine dernière une partie des conséquences du conflit Russo/Ukrainien sur notre approvisionnement énergétique, en particulier sur les cours du pétrole et du gaz. Dans ce domaine, ce ne sont pas seulement les productions réelles qui sont en jeu, mais surtout la maîtrise des spéculations sur les cours. Et les Guadeloupéens, même s’ils ne risquent pas à moyen terme d’être à court de gaz ou de pétrole, vont certainement être impactés par le prix du litre à la pompe ou de celui de la bonbonne de gaz. L’autre risque, déjà évoqué, est celui portant sur les produits alimentaires et leur approvisionnement. Non seulement la farine et ses dérivés comme le pain, les pâtes ou la semoule. Mais aussi pour d’autres céréales comme le riz ou le maïs et d’autres produits finis comme l’huile. Des produits de première nécessité, surtout pour les classes les moins aisées.

Pour avoir en tête quelques données, la Russie et l’Ukraine fournissent 30 % du blé mondial, 20 % pour le maïs et 70 % de l’huile de tournesol ! Par contre, la France qui est exportatrice de blé va en profiter surtout si elle parvient à augmenter encore  sa production. La tonne de blé est passée en trois semaines de 280 à 400 €. Et si la Guadeloupe (qui peut se ravitailler comme lors de la dernière guerre dans son environnement proche : USA, Argentine, Canada…) risque d’être touchée sur ces produits à la fois par l’explosion de leurs prix et par les possibles pénuries, d’autres pays sont exposés au point où l’alerte mondiale a déjà été donnée. D’autant plus que l’autre gros producteur mondial, la Chine, connaît une sécheresse qui la rendrait à son tour importatrice de céréales, dès cette année. Il faut également s’attendre à d’autres difficultés, pas seulement sur le prix, pour les intrants agricoles comme les engrais et les aliments pour bétails. Les éleveurs savent que, s’il faut des céréales pour les aliments de bétail, il est nécessaire de disposer de gaz, d’azote et de potasse pour fabriquer des engrais. Des matières premières produites en Russie notamment. En plus, les possibilités d’exporter se sont réduites comme peau de chagrin, puisque les compagnies maritimes rechignent à s’aventurer en mer d’Azov pour charger du blé et même les compagnies d’assurances refusent elles aussi de couvrir les navires qui vont dans cette zone. La volatilité, les fortes spéculations sur les marchés de céréales peuvent très vite avoir des effets dévastateurs.

Longtemps conçue comme un moyen de s’approprier des richesses, la guerre ne peut être totalement dissociée de l’économie. Cependant, malgré l’évidence de cette interaction, il semble important de s’intéresser aux nouvelles relations entre l’économie et la guerre qui se sont nouées au cours des deux dernières décennies. On le voit bien. Les économies sont de plus en plus sollicitées comme des outils au service de la guerre. Et réciproquement.

C’est avec raison d’ailleurs que le secrétaire général de l’ONU Antonio GUTERRES a déclaré : « Nous devons faire tout notre possible pour éviter un ouragan de famines et un effondrement du système alimentaire mondial ».

Pour lui les pays pauvres vont connaître de grosses difficultés à s’approvisionner, ce qui pourrait rapidement conduire à des famines, des émeutes voire des conflits régionaux. Il y a d’un côté ceux qui disposent de moyens financiers avec leurs ressources naturelles comme l’Algérie et de l’autre ceux qui n’ont aucun moyen immédiat de faire face à ces pénuries. C’est le cas de nos voisins de la Caraïbe comme Haïti, Saint-Domingue ou Cuba très dépendants de la Russie pour leur approvisionnement en céréales.

Paradoxalement, ces conséquences dramatiques pourraient jouer en faveur d’une paix rapide. Certains pays comme la Chine pourraient en effet avoir intérêt à agir pour calmer le jeu afin de ne pas se retrouver en difficulté à leur tour.

En Guadeloupe, ces questions d’approvisionnement alimentaires devraient être l’occasion de remettre, enfin, à plat notre politique agricole. À ce jour, la récolte cannière n’a toujours pas démarré, alors qu’il s’agit de notre principale culture d’exportation. En responsabilité, pourrions-nous chaque année, supporter cette situation, si nous étions autonomes ou indépendants ? Aujourd’hui, la production agricole de la Guadeloupe est bien en deçà de ce qu’elle était au début des années 2000, c’est-à-dire il y a vingt ans. Non seulement la surface des terres cultivées diminue chaque année, mais nos circuits de production et de distribution sont de moins en moins efficaces.

La production d’igname est passée de 11 000 à 1800 tonnes annuellement. Alors que nous étions quasi-autonomes en œufs, notre production est toujours tributaire de la réglementation qui autorise encore l’importation d’œufs réfrigérés d’Europe. La viande de porc locale représente moins de 30 % de notre consommation. Quant à notre pêche, qui représente 25 % de notre consommation, elle aurait déjà disparu depuis belle lurette si elle n’était portée à bout de bras par les subventions publiques !

Oui ce conflit en Europe de l’Est devrait/doit réellement faire réagir et prendre conscience de l’absolue nécessité d’accroître la production locale dans toutes les filières afin de réduire notre dépendance. Mais cela demande et exige une vraie responsabilité. Celle de penser et agir en Guadeloupéen. Guadeloupe d’abord disons-nous encore et encore.

Rodes Jean-Claude.

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