On commence à le comprendre. Omicron n’est pas Delta.

“Personne ne sait exactement  quand nous serons au bout du tunnel, mais nous y arriverons”, a déclaré mardi 11 janvier Marco Cavaleri, chef de la stratégie vaccinale de l’Agence européenne des médicaments (EMA). Selon cet organisme, bien que la maladie soit toujours en phase pandémique, la propagation du variant Omicron va transformer le Covid-19 en une maladie endémique, avec laquelle l’humanité peut apprendre à vivre.

On commence à le comprendre. Omicron n’est pas Delta. Les conséquences de la propagation de ce variant, attestée par des chiffres doivent conduire à prendre des décisions adaptées à la nouvelle situation. Inutile de s’accrocher à d’imaginaires sacro-saints principes intangibles. Il faut gérer en s’adaptant à la réalité. En Europe et singulièrement en France, le variant Omicron génère des contaminations en masse. Plus de 420 000 cas positifs le 10 janvier pour toute la France. C’est huit fois plus que le plus haut atteint au pic de la 4e vague. Ainsi, l’OMS estime que plus de la moitié des Européens sera contaminée par Omicron dans les deux mois qui viennent. Pour autant, les chiffres sur les formes graves restent modérés, par rapport à Delta, qui sévit encore pour les formes graves.

Moins de trente mille personnes sont hospitalisées en France. Et surtout, le nombre de personnes en soins intensifs et en réanimation (3 900 personnes) représente moins de la moitié des plafonds atteints lors de la 4e vague et permet au système de santé français de passer la vague. Autant dire que proportionnellement, Omicron provoque 10 fois moins de formes graves que Delta. Bien entendu, ces chiffres sont recensés sur une population très largement vaccinée. Et en plus, les formes graves touchent encore essentiellement des personnes non vaccinées. D’où la nécessité réaffirmée d’une vaccination la plus large possible de notre population.

Ce qui, on le sait, n’est pas le cas en Guadeloupe où la proportion de personnes doublement vaccinées ne dépasse toujours pas 40 % des plus de douze ans. Pourtant, ici, le nombre de formes graves n’atteint pas les sommets de la 4e vague comme on aurait pu le craindre. Mais il faut rester prudent et attendre de passer le décalage des contaminations que nous connaissons en Guadeloupe. Les observateurs scrutent jour après jour l’évolution de Omicron (déjà majoritaire chez nous) et ses conséquences sur notre population pas assez vaccinée. Aux États-Unis par exemple, dans des villes où la vaccination est insuffisante (Boston, Chicago…) non seulement le nombre d’hospitalisation explose mais le nombre de décès augmente bien plus vite que pour Delta à cause justement du nombre effarant de contaminations. On doit donc essayer dès à présent d’imaginer quelles pourraient être les conséquences sur notre système de santé, si nous connaissons une explosion de formes graves et du nombre de personnes en réanimation. Sachant que l’on ne pourrait, cette fois, pas compter sur l’apport de personnels spécialisés venant de l’Hexagone, il faudra bien prendre des mesures exceptionnelles et surtout pragmatiques. Il y a des pays comme l’Autriche ou plus près de nous le Canada qui ont décidé de mettre la pression totale sur les 10 % de non vaccinés. Ainsi le Premier ministre Canadien a-t-il annoncé une taxe d’un montant significatif car pour lui « ce n’est pas aux vaccinés à payer pour les non-vaccinés ». Certains États américains comme le Rhode Island, pour faire tenir un système hospitalier débordé permettent à des soignants non vaccinés de reprendre le travail à condition qu’ils soient asymptomatiques et affectés à des tâches spécifiques. D’autres États, comme New-York, réduisent de 7 à 5 jours la quarantaine des personnels vaccinés et positifs afin qu’ils reprennent au plus tôt le travail. Il faut donc imaginer de pouvoir prendre des mesures équivalentes chez nous si la situation se dégrade.

Il n’y a donc pas à faire de crispations sur certains principes car la situation a évolué et continue d’évoluer. Ce d’autant qu’une très large majorité des personnels soignants est vaccinée. Selon les chiffres de l’instance de dialogue conduite par le Guadeloupéen Florus NESTAR, ancien directeur de CHU, il ne resterait environ que 500 personnes essentiellement dans les établissements médicaux/sociaux qui ne soient pas dans une démarche de régularisation vis-à-vis de l’obligation vaccinale. Du coup, le pragmatisme doit prévaloir en prenant des mesures, même rudes pour certains qui nous permettront de surmonter ce pic et sortir progressivement de cette passe difficile.

L’accent doit donc être mis sur la vaccination de la population générale. Car c’est la seule arme décisive pour éviter que nos hôpitaux soient submergés par formes graves en réanimation et des décès. Et là également, il faut, plutôt que des contraintes générales, mettre en œuvre des mesures ciblées. Ce fut le cas par exemple dès la 4e vague chez notre voisine Antigua, qui a d’abord rendu la vaccination quasi obligatoire dans certains secteurs comme l’hôtellerie et la restauration. Puis chez les taximen et les transporteurs, et enfin pour toutes les personnes en contact avec du public comme les enseignants.

Il ne faut donc pas garder des œillères, ni tenir de positions dogmatiques mais bien au contraire ouvrir les yeux sur la réalité, sur l’exemple des autres pays. C’est bien la réalité de la Guadeloupe qui doit nous guider et pas des incantations, des slogans hors sol ni des positions idéologiques  figées. Et encore moins des luttes politiciennes contre l’État ou les élus qui quoiqu’on dise ont la légitimité politique des urnes validées, par pèp- la.   À bon entendeur…

Rodes Jean-Claude .

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